Heureusement pour vous, l'inspiration est revenue. Vendredi après-midi, le moment de la semaine le plus
inefficace.
Y'a même des chefs qui m'ont dit que je devais faire un cours "allégé, ludique". J'ai un peu peiné à trouvé un costume de clown qui me convienne mais depuis j'enfile mon nez rouge et c'est
parti pour le cirque. Je crois d'ailleurs que le mot est bien choisi : le cirque. Mais pas de l'autre côté du bureau. Du côté des tables et des chaises.
L'inspiration m'est revenue disais-je, juste après avoir entendu un "sale pédé !"
Plait-il ? Oui. J'ai bien entendu. Manque de bol pour l'élève, il y avait le silence le plus complet lors de son insulte (comme quoi c'est possible un vendredi après-midi, le silence !). En
temps normal, je me serais contenté d'un "X, tu surveilles ton langage et tu t'excuses". C'est peut-être pas assez sévère, ok, mais les insultes sont devenues tellement "banales" que j'en suis
presque découragé. Mais là, je ne sais pas ce qui m'a pris, ou plutôt si. En plein débat pour ou contre ce fameux "mariage pour tous", ayant entendu de telles absurdités et idioties à la
radio/télévision et ayant vu de plus en plus d'incitations à la haine sur twitter (oui parce que tous les gens sur twitter n'ont pas bon fond comme moi. C'est comme dans la vraie vie), je me
dis que nous, profs, avons notre rôle à jouer.
Et si dans la classe il y avait un/une élève que ça blesserait parce que justement il/elle se pose des questions ?
Et si dans la classe, il y avait un prof homo ?
On me dit dans l'oreillette que ça n'existe pas. Oui parce que ça inciterait les jeunes à le devenir (entendu par certaines personnes contre "mariage pour tous"). De même que ce surveillant
l'an dernier qui était choqué de voir sur les portes de nos salles de classe des affiches contre l'homophobie, parce que "ouais, tu comprends, si jamais les élèves lisent l'affiche, après ils
vont se poser des questions et si ça se trouve il vont devenir homo" Oui, et donc ? C'est quoi le problème ? (A part dire que l'affiche va les "rendre homos") Ca les fera réfléchir et c'est
déjà bien.
Bref, toujours pour faire réfléchir (un peu hein...n'abusons pas) cet élève aux propos homophobes je décide de lui faire faire un travail de recherche sur le mot "pédé".
C'est une idée, juste comme ça. Je me suis dit que si l'élève réfléchit deux secondes au sens de ce qu'il dit, peut-être qu'il ne le dira plus.
Je ne fréquente pas la cour de récréation, j'entends juste les élèves parler entre eux dans les couloirs. Il y a parfois quelques insultes qui volent. Comme je suis gentil, je
vous donne des exemples : "pédé", "enculé", "sale nègre", "oignon", "espèce de portugais". Voilà. Que des trucs hyper sympatoches ! -_- Mais en classe, rien. Sauf ce fameux vendredi après-midi
(et le jour d'avant. Ca me revient en y pensant). Ca c'est entre élèves.
Entre prof et élèves c'est encore plus rare (rappelez-vous j'enseigne dans un coin tranquille, une sorte de Monde des bisounours comparé au reste de l'académie où ça peut être
le Mordor). En 3-4 ans d'enseignement je n'ai subit d'"insultes" que 3-4 fois (j'espère que lien entre les années d'enseignement et les insultes s'arrêtera là !). J'vous raconte ? D'accord.
L'an dernier, il y avait une période durant laquelle un collègue d'histoire avait demandé à ces élèves de 6ème de dessiner des affiches contre des discriminations. Tout était
représenté : contre le racisme, le sexisme, la discrimination envers les handicapés et l'homophobie (chose assez rare dans les collèges : de parler d'homophobie). Il se trouve que par le plus
grand des hasards, figurait sur la porte de ma salle une affiche contre l'homophobie.
Mes 3èmes ayant vu l'affiche ont fait un lien direct avec moi. Et c'est ainsi que lorsque je demandais plusieurs fois à un élève de se taire, il me sort "Je suis homophobe". Oui et.. ? Tu veux en
parler ? (Ca fait tellement "mec" de dire ça au prof face à la classe, pensez-vous). Sur ce, il m'explique (oui parce que moi être un peu con) : "ça veut dire j'aime pas les pédés". Je lui
propose de venir en parler à la fin d'heure (histoire que je raconte les faits à sa maman dans son carnet). Et à la fin de l'heure, l'affreux s'en va par la porte du fond de la salle. S'en suis
un jeu au chat et à la souris sur un mois (mot collé dans le carnet-pages arrachées-retenues non faites) qui s'est terminé par un rendez-vous chez la Principale qui a remis les pendules à
l'heure.
Comment ça "l'arnaque" ? Oui, c'était pas une insulte mais ça a quand même un quelque rapport avec le sujet !
Bon alors, cette année, j'ai eu l'immense plaisir de découvrir de superbe inscriptions sur des tables. Du style "J'enc*** M. DeLautreCôtéDuBureau".
STOP ! On s'arrête 2 minutes. Bon, déjà, vous avez vu l'amour que certains élèves ont pour moi ! Je suis flatté. Et depuis quand dans une insulte on reste polis hein ?
"Monsieur DeLautreCôtéDuBureau" Pourquoi ?
2ème, toujours cette année. Plus simple "M. DeLautreCôtéDuBureau PD" Toujours cette politesse latente hein. Evidemment les 2 neuneus ont étés démasqués : c'est bête de tagguer à la place où
on est assis ! Je n'avais tien fait de spécial pour déclencher cette insulte, juste demandé plusieurs à un élève son carnet. Mais la frustration est vraiment quelques chose de difficile à gérer
pour nos ados (merci les parents au passage). Il était trop "respectueux" pour m'insulter de vive voix, du coup il l'écrit sur la table. Faute de pire, hein !
Ironie du sort, l'auteur de "M. DeLautreCôtéDuBureau PD" portait une ceinture D&G...Vous comprenez le truc ? Je me suis fait un plaisir d'expliquer à ce taggueur que D&G étaient
les initales de Monsieur Dolce et de Monsieur Gabbana qui étaient quand même en couple pendant de nombreuses années. Eh bien ça lui a fait tout drôle à l'élève d'apprendre ça. Comme quoi quand on
réfléchit un peu.
L'affiche en question.