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Chroniques d'un jeune prof en Ile de France, d'un être tout à fait normal en dehors et qui aime son métier. Êtes-vous prêts à passer de l'autre côté du bureau ? (Et si tout ça n'était que fiction ?)

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Pré-rentrées : actes 1 & 2 début septembre 2009 et 2010

Chez les profs, la rentrée ne s’appelle pas rentrée mais pré-rentrée. Pour les nouveaux arrivants dans la fonction ou dans l’établissement, c’est une présentation du collège et des collègues.

 

Acte 1 : 1ère année

 

            Il est une constante chez les nouveaux prof arrivant dans un nouvel établissement : leur voiture trône sur le parking bien avant tout le monde. La peur de faire mauvaise impression doit en être la cause. C’est ainsi que je me suis retrouvé à 8h sur le parking du collège à hésiter entre entrer ou attendre que d’autres véhicules arrivent. C’est ainsi que deux autres voiturent arrivèrent avec à leur bord deux nouveaux arrivant…puisqu’ils étaient en avance.

 

            Le décor : le hall du collège, face au bureau des surveillants, des gradins. A l'instant où l'on nous apporté du thé, du café et des croissants, on nous a collé des étiquettes. Oui, oui, on m’a collé littéralement une étiquette sur laquelle figure : mon nom, prénom et la discipline que j’enseigne. C’est là que démarre la grand jeu de Memory : chaque nouvel arrivant a à mémoriser les noms, prénoms et matières enseignées par ses nouveaux collègues.

 

            A chaque nouvelle tête, on se présente, oralement puis on lit l’étiquette du collègue en essayant de se souvenir de toutes les informations. Au bout de 10 fois, on se contente de dire « Bonjour » et de montrer son étiquette en espérant que tout le monde se souvienne de toi. Ca, en général, y’a pas de risques. Pour les autres, on s’imagine que les profs d’EPS seront prochainement reconnaissables grâce à leur uniforme « jogging », les jeunes sont généralement surveillants assistant d’éducation, pour la cinquantaine qui reste, il suffira de guetter un collègue allant à son casier puis de regarder discrètement sur l’étiquette à qui il appartient.

 

http://www.ugap.fr/images/produits/images/2011/06/simeo_simire_2-2347977_900.jpg 


Durant la 1ère année d’exercice, il y a quand même une personne qu’il vaut mieux repérer, reconnaître, voire pister : le tuteur (conseiller pédagogique). Du mien, je ne connaissais que son nom prénom. A chaque nouvelle arrivée à la table du café, je me disais « Ah non, ça doit pas être lui, trop vieux », « Tiens, lui à l’air sympa, j’espère que c’est lui », « P***** qu’est-ce qu’il fait, je suis sûr qu’avec la chance que j’ai il est absent ! » jusqu’au moment où il arriva. Scène :

 

Moi : « Sal.., bonjour, je suis ton, votre, euh ton stagiaire. »

Tuteur : « Ah salut ! Non non t’es pas mon stagiaire »

Moi : ( M**** ! )

Tuteur : « Tu es mon collègue »

Moi : (ouuuuuuuuf)

Tuteur : « Ah donc je suis tuteur ?! »

Moi : « Euh oui, tu l’savais pas ? »

Tuteur : « Si, depuis que tu me l’as dit »

Moi : « Ah ok. Mais euh t’as déjà été tuteur ? »

Tuteur : « Mmm oui une fois je crois »

Moi : (re-ouf)

 

            Après ce petit jeu de mémoire et cette big-présentation, la soixantaine de collègues et moi-même sommes invités à se diriger en salle de permanence pour l’assemblée générale durant laquelle je vais être à nouveau présenté et durant laquelle mon tuteur va me filer les programmes en cours, des petits conseils et répondre à mes « Et là, celui/celle qui parle c’est qui ? Et il/elle enseigne quoi déjà ? ». Que de patience nécessaire.

 

            S’en suit la découverte de mon casier (la classe !), de la salle dans laquelle je vais exercer mes talents de pédagogue absolu, la remise des clés de cette salle (la classe !!) et des feutres nécessaires à ma pratique pédagogique (encore la classe !!!), la signature de divers papiers (pas la classe…) et moi-même qui rentre chez lui avec l’impression d’avoir la tête grosse comme une citrouille (non pas que j’ai la grosse tête mais plutôt la migraine).

 

N’empêche d’au mois de mai, un collègue ma souhaite un « Joyeux anniversaire Jamy ! » Il pensait que je m’appelais ainsi. Je l’ai pris comme un compliment.

 

Acte 2 : 2ème année (Ile de France)

 

scène 1

 

C'est décidé. Cette année je ne m’en ferai pas, je sais de toute façon que j’aurais mémorisé les noms des collègues avant janvier (bon, ok, au mois de mars !). Au pire il me reste la solution je guette le casier que vient de refermer ce collègue dont je ne connais pas encore la charmant patronyme. Bref, me voici complètement détendu jusqu’à ce que j’apprenne que je n’exercerais pas mes talents de grand pédagogue dans un seul collège (eh non, trop fastoche, tu penses) mais dans…deux ! Ce qui nous fait une bonne centaine de noms à mémoriser. En même il reste de la place dans le cerveau : je ne me souviens plus de certains noms de collègues de l’an dernier (quelle chance j’ai !).

 

Cet ainsi que je me re-pointe en avance devant mon 1er collège avec une bonne demi-heure d’avance (constante des nouveaux arrivants), arrive dans les lieux dans lequel aura lieu le grand jeu de Memory géant : la salle des profs. Je fais immédiatement connaissance avec les toilettes et avec mon casier. Les collègues arrivent au goutte à goutte, ils se présentent, j’en fais de même mais je ne porte pas beaucoup d’attention à leurs noms puisque de toute façon il y aura les étiquettes…………ou pas ! J’ai d’ailleurs pu lire une grande surprise dans les yeux d’un collègue auquel j’ai demandé : « Elles arrivent quand les étiquettes ? ». Ici pas d’étiquette, tu fais marcher ta mémoire.

http://ims.metz.supelec.fr/depot/Seminaires/croissant_cafe.jpg

On se dirige ensuite vers le traditionnel buffet petit dej’ café-thé-croissants et comme à mon habitude, ma collègue arrive la dernière. Je dois être une exception confirmant la règle. S’en suit la traditionnelle grande réunion entre collègue où l’on expose les taux de réussite mirobolants du brevet du mois de juin passé, quelques rappels sur le fonctionnement du collège et surtout la découverte des emplois du temps. Pour moi il ne s’agissait que de la moitié de l’emploi du temps. Munis du précieux sésame je vais récupérer chez le gestionnaire (le Passe-Partout et L’Ecureuil de la caisse du collège) mes clés pour transmettre mes connaissances aux charmants élèves. Scène :

 

Moi : « Bonjour, je viens récupérer les clés de mes salles »

Passe-Partout : « Y’en a pas à récupérer »

Moi : (tiens c’est un concept original : vais faire cours de sciences dans l’herbe, bon l’hiver faudra juste penser à bien s’habiller et à écrire au crayon)

Passe-Partout : « Enfin ca dépend, vous enseignez quoi ? »

Moi : « Les sciences »

Passe-Partout : « Ah alors il vous faut la clé de la salle de science, c’est un pass. C’est le seul dont vous aurez besoin »

Moi : « Ah ok. Mais pour les autres salles, on fait comment ? »

Passe-Partout : « Ici on laisse les salles ouvertes : la personne de la loge les ouvre toutes la matin et elle les referme le soir »

Moi : (quel boulot !) « Sinon je vais enseigner aussi dans la salle 1123 »

Passe-Partout : « Ah il vous faut une clé aussi : cette salle communique avec la salle informatique donc elle est fermée à clé tout le temps, comme la salle de science »

Moi : « Ok, bon ben je vous remercie »

Passe-Partout : « Mais je vous en prie »

Je repars un peu surpris par ce genre de pratique mais reviens sur mes pas.

Moi : « J’ai oublié de vous demander : où se trouve la salle 1123 ? »

Passe-Partout : « Bâtiment 1, 1er étage »

Ca va être pratique ça encore : entre la salle de science et tout le matériel qu’elle contient et la salle 1123 il y a juste 2 marches à descendre, la cour à traverser, 6 marches à monter puis une bonne vingtaine. Le tour à faire avec un chariot rempli de matériel. Ca va me faire les bras !

Cette fois-ci c’est carrément déboussolé que je pars, mes clé en main et mon demi-emploi du temps dans l’autre.

 

scène 2

 

Début d’après-midi, je découvre mon 2ème collège dans lequel j’enseignerai 6h/18h. La réunion commencée le matin, reprends avec pour seul objectif la remise des emplois du temps. Je m’assois sans le savoir entre mon collègue de science (quelle veine aujourd’hui, ça sent la bonne journée) et une collègue de maths qui découvre avec déception qu’elle est professeur principale d’une classe dont elle n’avait absolument pas formulé le vœu (Mmm je m’attends au pire…). Surprise : je n’enseigne que dans une seule salle (hey j’ai d’la chance on dirait).

 

15h45 : allé je file chercher mes clés et mes feutres mes craies (ah là on recule d’une décennie). Apparemment je devrais me dépêcher il paraît qu’il n’y a plus personne à partir de 16h00. Scène :

 

Toc toc toc, bureau de la gestionnaire : « Ah non ce n’est pas moi qui vous donne les clés, c’est la personne de la loge ».

Re-Toc toc toc, vitrine de la dame de la loge. Inutile vu que j’arrive à entendre à travers la vitre Zaz qui nous chante encore une fois ce qu’elle « veut ». Et moi je veux mes clés bordel !!! Il me reste qu’une solution : gesticuler à travers la vitre pour essayer de décoller les yeux de Mme de La loge de son napperon en crochet en devenir. Ah, elle m’a vu. Normal, la chanson était finie, deux secondes sans musique. Scène

 

Moi : « Bonjour, je viens chercher les clés, on m’a dit que c’est ici qu’il faut venir »

Mme de La loge : « Ah non. Faut que vous alliez les demander à votre supérieur »

Moi : «  A Monsieur le Principal ??»

Mme de La loge : « Non à Monsieur le C.P.E, vous êtes surveillant, non ? »

Moi : « Non non, du tout : je suis professeur de science »

Mme de La loge : « Ah… Ah ben j’croyais pas vu votre jeune âge…Bon alors vous voulez les clés de quoi »

Moi : « Du coffre-fort du Principal Ben de ma salle de science tant qu’à faire ».

Mme de La loge ouvre son immense armoire à clés, scrute, scrute encore, la referme.

Mme de La loge : « Ah ben j’en ai plus ! »

Moi : « Comment ça ? A plus ? Et moi alors ? »

Mme de La loge : « Ben oui. L’an dernier y’en avait pas besoin alors on en a pas ».

 

Trop bien ! En plus de me muscler les bras en portant mon chariot à l’étage, je vais apprendre à crocheter une serrure. Quel Ecole formidable l’Ed. Nat’. Digne d’une école d’espionnage.

 

Moi, de retour dans la réalité : « Et si je veux faire cours (on sait jamais quelle envie me prends), comme je fais ? »

Mme de La loge : « Oh ben vous d’mandrez à une femme de ménage qui est dans le coin de vous ouvrir, pis après vous lui d’mandrez de refermer ».

 

Autant intégrer cette personne dans mes cours. Un Passe-Partout humain.

 

Mme de La loge : « Sinon rev’nez d’main, ptêt que j’en aurai retrouvé »

Moi : « Bon… »


Ni le lendemain, ni le surlendemain, ni le 1er jour de cours il n’y eut de clé pour moi. C’est ainsi que j’ai sympathisé avec Marcelle : la femme de ménage-ouvreuse de porte.

 

Inutile aussi de chercher mon casier : je n’en n’ai pas. Il y a encore les étiquettes de l’an dernier dessus.


Pas de clé, pas de casier, ça va être pratique tout ça.

A suivre…

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